Génie de Conception

Aérospatiale En Vedette
Un aéronef qui a le vent en poupe

Le regain de popularité du dirigeable


15 février 2021
Par Pierre Deschamps

On pourrait presque le penser totalement disparu du ciel depuis le très médiatisée – même à l’époque – accident du LZ 129 Hindenburg, un aéronef fabriqué par l’allemand Zeppelin qui a été pendant quatorze mois affecté sur une ligne régulière Europe–États-Unis. Or le dirigeable serait en train de faire un retour, encore assez discret, mais bien réel dans les nuages.

Pour preuve, une évaluation du rapport « Global Airships Industry », publié en septembre 2020, qui mentionne que : « Au milieu de la crise du COVID-19, le marché mondial des dirigeables estimé à 190,9 millions de dollars américains en 2020, devrait atteindre une taille révisée de 274,2 millions de dollars américains d’ici 2027, avec un taux de croissance annuel composé de 5,3 % sur la période d’analyse 2020-2027 ».

On peut aussi mentionner le fait que la firme suédoise OceanSky prépare une expédition en dirigeable vers le pôle Nord. Les réservations sont déjà ouvertes pour ce que l’entreprise qualifie d’expédition qui « montrera que les voyages et les transports aériens peuvent être durables. Une technologie plus légère que l’air peut fournir à l’humanité des moyens de mobilité ultra-efficaces et opérer dans des zones sans infrastructure ni civilisation ». L’aéronef choisi est un Airlander 10 qualifiée de « plus grand véhicule volant au monde » : 321 pieds de long, 143 pieds de large et 85 pieds de haut. L’expédition est prévue durer trente-six heures. Il y aura quatre-vingt-dix-neuf places à bord, offertes au prix de 300 000 $ canadiens chacune.
Au-delà de cette dernière initiative que l’on pourrait qualifier d’écolo-touristique, il y a bien un intérêt bien senti de la part de quelques industriels, et non des moindres, pour ces gros ballons en forme de cigare.

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Signalons tout d’abord que la firme américaine Lockheed Martin a consacré plus de vingt ans au développement de la technologie de son Hybrid Airship, pendant lesquelles elle a vanté les performances de son dirigeable et a garanti des économies convaincantes pour divers marchés qui bénéficieraient de l’utilisation de cette plate-forme.

Il y a plus de dix ans, la firme a construit et fait voler un démonstrateur baptisé P-791, dont le premier vol a eu lieu le 31 janvier 2006. En 2014, Hybrid Enterprises (Atlanta, en Géorgie), le revendeur de dirigeables de Lockheed Martin, a conclu un accord pour commercialiser l’aéronef LMH 1 construit par Lockheed, basé sur la technologie du P-791. En 2016, Straightline Aviation (SLA) a signé une lettre d’intention pour acheter jusqu’à 12 dirigeables Lockheed Martin d’une valeur potentielle d’environ 480 millions de dollars américains.

Plus près de nous, soulignons qu’il y a peu de temps Investissement Québec (IQ) a signé une lettre d’entente avec Flying Whales, un consortium international dont le siège social est installé en France. Cet industriel a pour projet de construire un aéronef de quelque 650 pieds de long capable de transporter soixante tonnes de fret. Selon ce que l’on a sait, IQ aurait pris une participation de 25 % dans Flying Whales qui devrait implanter au Québec une société exploitant des dirigeables pour l’Amérique sous la raison sociable Flying Whales Services America. Pour l’instant le projet semblerait avoir été mis en veilleuse.

En Europe, ArianeWorks a confié à Flying Whales une première étude mettant en œuvre le dirigeable LCA60T dans le cadre d’une mission de récupération de certains éléments de Themis, un lanceur partiellement réutilisable, lesquels seraient à récupérer d’une barge flottant à quelques centaines de kilomètres des côtes de la Guyane puis de les convoyer jusqu’au Centre spatial de Kourou, en Guyane.

Rappelons également que, en 2018, le Défi Caninfra avait décerné le Prix du public à une proposition visant le développement d’un réseau de transport de fret par dirigeables pour le nord du Canada. Ces dirigeables pourraient desservir les 70 % du territoire canadien dépourvu de routes, fonctionner toute l’année, transporter de grandes charges de vrac (15-100+ tonnes) et réduire les coûts actuels de réapprovisionnement de >50 %. Ces dirigeables fonctionneraient sur pile à combustible hydrogène sans émission de carbone.

Par ailleurs, on ne peut manquer de faire mention que, en 2016, Amazon a déposé, auprès de l’organisme chargé de les enregistrer, le United State Patent and Trademark Office, un brevet concernant un dirigeable de grande taille qui pourrait servir de centre de distribution aérien pour toute une armée de drones prêts à livrer, dans une zone géographique donnée, les colis chez les clients du géant américain de vente en ligne.

Aux États-Unis, un rapport déjà ancien de la Rand Corporation avait mis en évidence dès 2005 la nécessité de trouver une solution de rechange à l’utilisation assez coûteuse de satellites géosynchrones, en orbite basse ou moyenne. Une des options envisagées : des dirigeables à haute altitude à énergie solaire. Un des buts du rapport était d’informer l’armée américaine de l’utilité et des limites des dirigeables dans les rôles de soutien des fonctions de communication et de surveillance dans l’espace des théâtres de combat.

En France, Thales Alenia Space (coentreprise qui regroupe Thales et Leonardo 33) et Thales ont paraphé avec la Direction générale de l’armement « un contrat d’étude portant sur les applications ISR (Intelligence, Surveillance et Reconnaissance) à partir de la plateforme Stratobus [un dirigeable stratosphérique stationnaire] et destinées à répondre aux besoins opérationnels des armées françaises. Ce contrat vise à « étudier l’apport des plateformes stratosphériques pour compléter et améliorer la capacité de défense de la France ». Avec, en ligne de mire, un premier vol de démonstration fin 2023.

En France toujours, RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, a tout récemment utilisé un dirigeable drone (ou diridrone, comme on dit à RTE) pour effectuer la surveillance des lignes sous tension du réseau de transport d’électricité français. Cette première mondiale a pour objectif d’automatiser les inspections qui sont aujourd’hui faites en hélicoptères, une solution combien plus coûteuse.

En Grande-Bretagne, depuis le début des années 2010, la société Hybrid Air Vehicles prône le retour des dirigeables. À cette fin, elle a fait récemment voler le Airlander 10 qui dispose de deux moteurs diesel pour le décollage. Une fois en vol, l’aéronef utilise de l’hélium, un combustible qui procure une économie de carburant de l’ordre de 75 %.

En Israël, la société Atlas LTA a récemment dévoilé son projet de famille de dirigeables électriques destinés au vol touristique, dont l’Atlant 300, le plus grand modèle capable de transporter près de 165 tonnes de marchandises sur un rayon d’action de 2 000 km à une vitesse de 120 km/h. Deux modèles plus petits comme l’Atlant 30 et l’Atlant 100 peuvent transporter respectivement 18 et 60 tonnes de fret. Au dire du constructeur, les capacités de ses aéronefs « attirent beaucoup l’attention des organisations humanitaires, comme le Programme alimentaire mondial des Nations Unies, car les difficultés logistiques d’aujourd’hui sont des obstacles importants à leur importante mission ».
https://www.reportlinker.com/
https://www.oceanskycruises.com/
https://www.lockheedmartin.com/en-us/index.html
https://www.straightlineaviation.com/
https://www.investquebec.com
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https://www.rand.org/
https://www.thalesgroup.com/fr/espace
https://www.rte-france.com/
https://www.hybridairvehicles.com/
https://atlas-lta.com/


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