Génie de Conception

En Vedette
Des fermes flottantes dans le vent

L’engouement pour les éoliennes offshore


4 décembre 2020
Par Pierre Deschamps

Dans tous les secteurs d’activité, on peut observer périodiquement l’émergence de ce que l’on appelle familièrement « la saveur du jour ». Dans le domaine de l’énergie, celle-ci a pour nom l’éolien flottant, une solution énergétique de plus en plus prisée, surtout dans les régions du globe où l’éolien terrestre suscite de plus en plus d’opposition de riverains ou d’associations dont la raison d’être est la préservation du paysage.

Ce que certains appellent l’éolien offshore serait, de l’avis de bien des spécialistes, un marché qui pourrait peser quelque 1 000 milliards de dollars américains, à l’horizon 2020.

La position de la Commission européenne sur le sujet rendue publique en novembre dernier constitue un bel exemple de l’attrait qu’exerce cette filière énergétique. Comme elle le précise, c’est « pour contribuer à atteindre l’objectif de neutralité climatique de l’Union Européenne à l’horizon 2050 que la Commission européenne […] propose de porter la capacité de production éolienne en mer de l’Europe de 12 GW actuellement à au moins 60 GW d’ici à 2030 et à 300 GW d’ici à 2050.

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Sur la même période, la Commission entend compléter cette augmentation de capacité par 40 GW provenant de l’énergie océanique et d’autres technologies émergentes telles que l’énergie éolienne flottante et l’énergie solaire flottante ». À l’horizon 2030, cela impliquerait d’utiliser 3 % de l’espace maritime disponible en Europe, affirme le quotidien Les Échos.

De fait, les industriels du secteur sont déjà à la manœuvre en Europe comme l’illustre l’annonce faite en octobre par le groupe Total, historiquement présent dans les hydrocarbures, de sa prise de participation de 20 % dans la ferme flottante expérimentale EolMed (trois unités de 10 MW) qui sera installée en 2022 par Qair, à 18 km au large de Port-la-Nouvelle (France), en mer Méditerranée.

Total toujours faisait savoir quelques semaines auparavant sa décision de se lancer dans le développement de cinq fermes d’éoliennes flottantes (capacité totale de 2 GW) au large des côtes de la Corée du Sud, en partenariat avec Green Investment Group, une filiale du fonds australien Macquarie, spécialiste des infrastructures.

Il appert en outre que le gouvernement français s’apprête à lancer sous peu un premier appel d’offres commercial européen qui porterait sur un ensemble de 250 MW à être installé au large du sud de la Bretagne. Déjà, de grands énergéticiens, des pétroliers et des entreprises de taille intermédiaire (ETI), spécialistes des énergies renouvelables, seraient à se constituer en consortiums pour présenter des offres en vue de rafler la mise.

Ce qui a fait dire à Annick Girardin, ministre de la Mer (France), que dans un proche avenir « 25 % de l’électricité française pourrait être produite en mer ». Une affirmation à mettre en parallèle à l’envolée du coloré premier ministre britannique Boris Johnson qui, au début octobre, promettait de faire du Royaume-Uni rien de moins que « l’Arabie saoudite de l’éolien ».

Au-delà des petites phrases politiciennes, rappelons que, fin 2019, le Royaume-Uni comptait déjà 2 225 éoliennes en mer, contre 1 469 pour l’Allemagne et 559 pour le Danemark, pays souvent cité comme l’eldorado de l’éolien offshore.

Sans parler de la Chine qui occupait le 3e rang mondial de l’éolien en mer avec 6 838 MW fin 2019, soit 23,5 % du parc mondial du secteur. Nouveau venu dans le peloton des « offshoriens », le Japon qui, en juillet dernier, lançait une série d’études pour trente-six projets en mer qui au total pourraient, s’il se réalisaient tous, atteindre une capacité totale de 15 GW.

« Aujourd’hui, cinq pays (Royaume-Uni, Allemagne, Belgique, Danemark et Chine) représentent près de 95 % des capacités installées d’éolien offshore, c’est un secteur très concentré, explique Sophie Meritet, maîtresse de conférences à l’université Paris-Dauphine-PSL, dans un interview qu’elle a récemment donné au quotidien Le Monde. Mais de nouveaux pays se positionnent, comme Taïwan, la Corée du Sud, les États-Unis… »

D’ailleurs, les États-Unis comptent bien rattraper leur retard dans ce domaine. Au dire de l’AWEA l’American Wind Energy Association (AWEA) : « Le marché de l’éolien offshore a continué de progresser au troisième trimestre. 2020 Coastal Virginia Offshore Wind, qui devrait être le deuxième projet éolien offshore du pays et le premier dans les eaux fédérales, a terminé les tests de fiabilité en septembre et devrait être mis en ligne avant la fin de l’année. L’éolien offshore représente 47 % des projets en développement avancé, les développeurs prévoyant de mettre en ligne 9 100 MW d’ici 2026. ».

Pour ce qui est du Canada, l’éolien n’aurait pas encore pris la mer.
https://ec.europa.eu/info/index_fr
https://www.lesechos.fr/
https://www.total.com/fr
https://www.gouvernement.fr/ministre/annick-girardin
http://wp.meritet.net/
https://www.awea.org/