Génie de Conception

En Vedette Énergie
L’avenir du dioxyde de carbone

Des initiatives pour capter et commercialiser le CO2


20 septembre 2021
Par Pierre Deschamps
(Photo credit: Climeworks)

Dans la foulée de la publication du plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’Agence internationale de l’énergie a sonné le glas en quelque sorte est soulignant à double trait toute la gravité de la situation : « Les émissions mondiales de CO2, source première du réchauffement, devraient atteindre un niveau jamais vu d’ici 2023 et continuer à croître par la suite ».

Au vu des évaluations du GIEC, l’accroissement continu du CO2 dans l’atmosphère depuis le début de la révolution industrielle met en péril l’humanité tout entière. Si inverser durablement le cours des choses peut sembler actuellement difficile à réaliser, il n’en demeure pas moins que des initiatives de captation du CO2 peuvent contribuer à réduire les effets négatifs des émissions de ce gaz à effet de serre (GES).

Piéger le CO2 et le valoriser, tel est l’objectif du projet Valorisation Carbone Québec, dont l’objectif est d’accélérer « le développement et la démonstration de solutions commercialement viables et applicables au Québec pour capter et valoriser le CO2 en l’utilisant dans des applications et des produits à valeur ajoutée comme les carburants synthétiques ». Ce projet est d’ailleurs présenté comme l’un des premiers projets encadrés par l’Institut de l’ingénierie durable et de l’économie carboneutre (IIDEC) de Polytechnique Montréal.

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Mais il n’y a pas que les universitaires qui s’intéressent à la capture et à la commercialisation du CO2. Tout dernièrement, nul autre que le constructeur automobile Porsche, en collaboration avec Siemens Energy et à un certain nombre d’entreprises internationales, amorçait la construction d’une usine destinée à la production de carburant quasiment neutre en CO2 (eFuel) à Punta Arenas, au Chili.

Cette usine pilote « devrait produire environ 130 000 litres d’eFuels en 2022. La capacité sera ensuite augmentée en deux étapes pour atteindre environ 55 millions de litres en 2024 et environ 550 millions de litres en 2026 ».

Au tout début de septembre, la société suisse Climeworks a inauguré en Islande l’usine Orca, située près de la centrale géothermique de Hellisheidi, non loin de Reykjavík. Cette usine (voir la photo qui coiffe cet article) constitue la première usine de captage de dioxyde de carbone directement dans l’air implantée par cet industriel. La technique utilisée se distingue de la méthode habituelle de captage du carbone, qui se fait en général à la sortie des cheminées d’usines fortement émettrices, mais pas dans l’air où la concentration de CO2 est faible.

Au sein de l’usine Orca, « douze ventilateurs équipés de filtres, dont l’énergie est fournie par la centrale d’électricité renouvelable voisine, aspirent l’air pour en isoler le gaz carbonique. Grâce à l’association avec Carbfix, un projet islandais de stockage du carbone, le CO2 est ensuite mélangé à de l’eau provenant de la centrale voisine avant d’être injecté à 1 000 mètres de profondeur dans le basalte où il se pétrifie pour toujours ». L’’usine est en mesure de retirer de l’atmosphère 4 000 tonnes de CO2 chaque année.

En partenariat avec Hynamics (une filiale D’EDF), Vicat, un groupe cimentier français présent dans douze pays, a développé une solution intégrée de capture de CO2 et de production de méthanol décarboné. Le projet auquel donne lieu ce partenariat a été baptisé Hynovi, Il « cherche à capter 40 % du CO2 émis par la cimenterie Vicat de Montalieu-Vercieu [région Auvergne-Rhône-Alpes]. Le carbone produit par la cimenterie sera récupéré et combiné à l’hydrogène bas carbone de Hynamics pour ainsi fabriquer du méthanol décarboné ». D’ici 2025, cette initiative de Vicat a pour a pour ambition de « produire plus de 200 000 tonnes de méthanol par an, soit un quart de la consommation totale de la France »

En France toujours, CarbonWorks, une coentreprise créée par Suez et Fermentalg, jeune entreprise spécialiste des microalgues, « a pour ambition de valoriser le gaz carbonique généré par les industriels. Elle entend produire de la biomasse algale qui pourrait être transformée en fongicides ou en aliments pour animaux ».

En juillet dernier, la société norvégienne Aker Carbon Capture annonçait qu’elle lancerait sous peu « un service offrant l’élimination du dioxyde de carbone (CO2) des processus industriels et son stockage ultérieur ». D’ici 2025, l’entreprise ambitionne de signer des contrats fermes pour le captage de dix millions de tonnes de CO2 par an.

Sous la gouverne de Frank Sargent, professeur à l’École des sciences naturelles et environnementales, des chercheurs de l’Université de Newcastle, au Royaume-Uni, ont pour leur part créé « un bioréacteur rempli de bactéries E coli pour capturer le CO2 et le transformer en produits chimiques utiles, en plastique ou même en carburant ».

Tous ces projets et les dizaines d’autres en cours sur la planète ne parviendront certes pas à éliminer totalement le CO2 du jour au lendemain, mais ils constituent autant de moyens – avec tant d’autres qu’on espère pouvoir mettre à contribution – pour réduire l’impact de ce gaz et permettre que l’accumulation de GES auquel il contribue amorce un jour une décrue, une nette décrue.
https://www.ipcc.ch/
https://www.iea.org/
https://www.polymtl.ca/
https://climeworks.com/
https://www.porsche.com/
https://www.vicat.fr/
https://carbonworks.bio/
https://akercarboncapture.com/
https://www.ncl.ac.uk/