Génie de Conception

En Vedette Nouvelles générales
L’actualité et les missiles nucléaires

Des arsenaux bien garnis dans plusieurs pays.


13 mars 2022
Par Pierre Deschamps
(Photo caption: Direction générale de l'Armement (France)

Depuis quelques semaines déjà – et avec de plus en plus d’insistance –, les journaux du monde libre (une expression qui avait pour ainsi dire disparue de notre vocabulaire) ont souligné à grands traits l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la menace nucléaire agitée par le président Poutine.

À tel point que les missiles capables de détruire des régions entières du globe nous sont apparus toujours présents dans l’arsenal de plusieurs pays, à commencer bien sûr par celui de la Russie, qui serait le plus important au monde.

Diverses sources allèguent que l’armée russe disposerait de plus de 6 200 ogives nucléaires, celle des États-Unis d’environ 5 550 ogives, loin devant les armées chinoise, française ou britannique, dont les arsenaux compteraient respectivement quelque 350, 290 et 180 ogives.

Advertisement

Cela dit, les experts de la scène militaire internationale estiment que le missile le plus puissant au monde est russe. Il s’agit du tout récent RS-28 Sarmat, opérationnel depuis 2020. Surnommé Satan-2, ce missile embarquerait de 10 à 15 têtes nucléaires. Il serait doté d’une technologie qui en fait un engin furtif non détectable par les systèmes de radar actuels.

Sa puissance de feu est-elle que cette arme peut détruire en quelques secondes un territoire grand comme l’État du Texas ou la France. En fait, sa puissance peut atteindre près de 50 mégatonnes, soit 2 000 fois celle des bombes qui ont rasé Hiroshima et Nagasaki au Japon en 1945. Qui plus est, il volerait à la vitesse de sept kilomètres par seconde, capable au départ de Moscou s’atteindre Londres en seulement six minutes.

L’an dernier, un article d’Eric S. Edelman, conseiller au Center for Strategic and Budgetary Assessments (Washington), et de Franklin C. Miller, directeur du Scowcroft Center for Strategy and Security (Washington), publié sur le site The Bulwark, soulignait que même si « les États-Unis dépensent des ressources importantes pour s’assurer que leurs forces nucléaires demeurent opérationnelles, la flotte actuelle d’ICBM (Inter Continental Ballistic Missile), des Minuteman III datant des années 1970, devient de plus en plus difficile et coûteuse à moderniser ».

Pour remplacer ces missiles vieillissants, l’armée américaine envisage de leur substituer des GBSD (Ground Based Strategic Deterrent) à compter de 2027. Selon les analyses du ministère de la Défense des États-Unis, le coût de développement des GBSD serait inférieur à celui nécessaire pour prolonger la durée de vie des quelque 450 Minuteman de l’actuel arsenal américain. Sont sur les rangs pour développer de telles armes les géants industriels américains Lockheed Martin, Northrop Grumman et Raytheon.

Comme le révélait un rapport destiné au Pentagone, datant de septembre 2020, la Chine procéderait pour sa part à une augmentation spectaculaire du nombre de missives nucléaires de son arsenal, visant à le porter à 700 en 2027 et à près de 1 000 en 2030.

Qui plus est, selon Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (France), « Pékin développe notamment des missiles balistiques qui peuvent être lancés depuis des avions et continue d’augmenter en parallèle le nombre de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) qui pourrait être porté à huit en 2030 ».

En Europe, « la France possède un arsenal de moins de 300 têtes nucléaires, réparties entre les missiles balistiques M51 (photo) équipant les sous-marins de la Force océanique stratégique et les missiles de croisière ASMP-A des Rafale de la Force aérienne stratégique. De son côté, l’arsenal nucléaire du Royaume-Uni est aux deux tiers sous contrôle américain, 120 de ses 180 ogives étant « montées sur des missiles Trident 2 américains à bord de quatre sous-marins stratégiques ».

En matière de recherche-développement, les investissements actuels des grandes puissances porteraient principalement sur des missiles hypersoniques qui ont la capacité de se déplacer à très haute vitesse (comme le Satan-2), soit au bas mot cinq fois la vitesse du son, si ce n’est davantage.

Dans un article paru dans le Financial Times, il est précisé que « les États-Unis, la Russie et cinq autres pays s’activent à mettre au point la technologie hypersonique. C’est ainsi que la Defense Advanced Research Projects Agency (Darpa) de l’armée américaine aurait testé avec succès un missile hypersonique qui porte le nom de HAWC (pour Hypersonic Air-breathing Weapon Concept) ». Fait à signaler ce missile utilise l’oxygène présent dans l’atmosphère comme combustible.

Au dire du site francetinfo, « ce genre de technologie représente un défi pour les systèmes antimissiles adverses. Contrairement à un missile balistique, dont la trajectoire de descente est prévisible, un missile hypersonique est manœuvrable, ce qui rend sa trajectoire difficilement prévisible et son interception difficile ». Qui plus est, « ces technologies, de plus en plus développées par les entreprises spatiales du monde entier, permettraient aussi de réduire significativement les coûts des lancements spatiaux ».

Toujours selon francetvinfo, la Russie a déjà lancé un missile hypersonique Zircon depuis un sous-marin et mis en service, dès fin 2019, les missiles hypersoniques Avangard, à capacité nucléaire.

En la matière, la Chine n’est pas en reste puisqu’elle dispose depuis 2019 du missile hypersonique DF-17 à moyenne portée (quelque 2 000 kilomètres) qui peut embarquer jusqu’à trois têtes nucléaires.

Si le conflit en Ukraine a réveillé la crainte d’une troisième guerre mondiale – qui au siècle dernier a été remplacée par le Guerre froide entre les États-Unis et l’URSS –, il a également mis en lumière le fait que l’atome nucléaire militaire n’était plus un vague souvenir, tout au contraire. Espérons que ce que l’on appelait autrefois « l’équilibre de la terreur », qui consistait à disposer d’un arsenal nucléaire sans l’utiliser, instaurera comme autrefois une politique de dissuasion partagée.
https://www.thebulwark.com/
https://www.aerospatium.info/
https://www.lefigaro.fr/
https://www.aerospatium.info/
https://www.defense.gouv.fr/fre/dga
https://www.francetvinfo.fr/
https://www.ft.com/