Génie de Conception

En Vedette Énergie
Une énergie qui a le vent dans les voiles

Le solaire gagne du terrain à vitesse grand V.


17 mai 2021
Par Pierre Deschamps
(Photo credit: Pixelci / iStock / Getty Images Plus)

Au début des années 2000, l’expression « énergie renouvelable » rimait presque exclusivement avec « énergie éolienne ». L’engouement pour cette forme d’énergie était incroyable. Il ne se passait pas un mois sans qu’on annonce en Amérique du Nord, en Europe ou ailleurs dans le monde des projets de construction de parcs éoliens, dont la puissance totale – comme celle de chaque éolienne – ne cessait d’augmenter. Bientôt, le gigantisme était devenu monnaie courante. Puis l’engouement s’estompa. Ici et là, les citoyens commencèrent à se plaindre de structures qui s’inscrivaient durablement dans l’horizon. Naissait alors une résistance menée principalement par ceux attachés à la préservation des sites naturels.

Tout comme récemment à Aix-en-Provence (France) où une opposition contre cette forme de production énergétique est presque devenue un sujet national. C’est que dans l’ombre presque de la mythique montagne Sainte-Victoire, si chère au peintre Paul Cézanne et au romancier Jean Giono, vingt-deux éoliennes, dont certaines font 125 mètres de haut, soit l’équivalent d’une tour de 46 étages, « défigureraient » ce site unique.

L’éolien terrestre chéri des dernières années vit donc en certains endroits des temps difficiles. Tout le contraire du solaire qui semble connaître une belle poussée de croissance un peu partout dans le monde, comme le souligne l’Agence internationale de l’énergie : « Les ajouts annuels mondiaux de panneaux solaires photovoltaïques devraient s’accélérer en 2023-2025, en raison d’une récupération plus rapide des applications photovoltaïques distribuées à mesure que l’économie mondiale s’améliore. »

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Outre la Chine, les États-Unis semblent être le pays où le solaire gagne le plus de terrain. Pour preuve, la récente décision du gouvernement fédéral américain de donner son aval au projet solaire Crimson qui sera installé sur de 2 000 acres de terres fédérales situées dans les environs de Blythe, à quelque 360 km à l’est de Los Angeles. Construite au coût de 550 millions de dollars américains, cette ferme solaire (comme il est coutume maintenant de dire) sera construite par Recurrent Energy, une filiale de Canadian Solar dont le siège social est situé à Guelph, en Ontario. Ce projet comprend une installation solaire photovoltaïque de 350 MW et un système de stockage d’énergie de 350 MW.

« Des projets comme celui-ci peuvent aider à faire des États-Unis un leader mondial dans l’économie des énergies propres grâce à l’accélération du développement responsable des énergies renouvelables sur les terres publiques », a déclaré Deb Haaland, la secrétaire à l’Intérieur des États-Unis.

Cette annonce ne constitue d’ailleurs pas la première incursion de Canadian Solar en sol américain puisqu’en juillet 2020 cette société signalait que sa filiale Recurrent Energy allait construire deux autres fermes solaires chez nos voisins du sud, soit celle de Maplewood (327 MWp) et Maplewood 2 (40 MWp) dans le comté de Pecos, dans l’ouest du Texas.

Dans l’État du Wisconsin, We Energies et Wisconsin Public Service proposent pour leur part d’aller de l’avant avec le Koshkonong Solar Energy Center, un projet solaire de 300 MW couplé à un projet de stockage de batteries de 165 MW. Construit dans le centre-sud du Wisconsin, le tout sera développé par Invenergy. S’il est approuvé, le projet serait le plus grand projet d’énergie renouvelable de l’État. Plus tôt cette année, We Energies et Wisconsin Public Service avaient annoncé leurs intentions de réaliser deux autres projets dans cet État : le centre d’énergie solaire Darien (325 MW) et le parc de batteries solaires Paris (310 MW).

Par ailleurs, fin mars, l’administration Biden a annoncé que 40 millions de dollars américains seraient consacrés à la recherche et au développement de matériaux dits pérovskites pour repousser les limites de l’efficacité et de l’adaptabilité des cellules solaires.

Décrit pour la première fois en 1839, la pérovskite est un minéral composé d’oxyde de calcium et de titane de formule CaTiO3 auquel on porte un intérêt nouveau en raison du fait, selon ce qu’a rapporté Tom Metcalfe sur NBC News, que de telles cellules « peuvent être facilement transformées en une variété de matériaux générateurs d’électricité, et à des températures beaucoup plus basses – et donc potentiellement à des coûts inférieurs – que les cellules en silicium […] Mais la stabilité et la durabilité des cellules pérovskites devront être améliorées avant qu’elles puissent remplacer entièrement le silicium ».

Il n’y a pas que les fermes solaires en zone non habitées qui ont la faveur des Américains. Les installations privées en site urbain ou péri-urbain gagnent aussi en popularité comme l’illustre le projet d’installer 6 642 panneaux solaires sur le toit du stationnement Blue Garage, à l’aéroport international Austin-Bergstrom, au Texas. Une fois les travaux complétés, ces panneaux produiront 1,8 MW d’énergie renouvelable, soit l’équivalent de l’énergie nécessaire pour alimenter jusqu’à 160 foyers par an.

À lui seul, ce projet témoigne d’un aspect inédit de la fièvre du solaire : la « solarisation » des aéroports qui n’est rien d’autre que l’utilisation des immenses surfaces planes, au sol et hors-sol, des aéroports comme site de production solaire.

À titre d’exemple, on peut citer de nouvelles recherches effectuées en Australie qui montrent à quel point il serait extrêmement efficace de solariser vingt et un aéroports dans ce pays. Les chercheurs ont d’ailleurs numérisé des images satellites des aéroports pour trouver un espace sur toit ouvert, là où les panneaux solaires évitent le mieux les ombres. Résultat : ils ont trouvé un total de 2,61 kilomètres carrés de surface utilisable.

Mentionnons également que les espaces délaissés des aéroports sont des sites qui conviennent bien à l’installation de panneaux solaires, en raison du sol plat des zones aéroportuaires et à l’absence, en général, de bâtiments en hauteur aux alentours. Une idée qui a récemment fait son chemin en France où les espaces délaissés de l’aéroport de Deauville, en Normandie, accueilleront en 2023, sous la gouverne de EDF, une ferme solaire de 60 MW, soit assez d’électricité pour alimenter en énergie une communauté de quelque 29 000 personnes.

Plus près de nous, Boralex indiquait le 5 mai dernier, dans un communiqué qui relatait les faits marquants son premier trimestre de 2021, qu’elle avait ajouté, au cours de cette période de trois mois, 143 MW de projets solaires contre seulement 37 MW de projets éoliens !
https://www.reuters.com/
https://www.canadiansolar.com/
https://www.jsonline.com/
https://www.austintexas.gov/airport
https://www.nbcnews.com/
https://www.edf-renouvelables.com/
https://www.boralex.com/fr/