Génie de Conception

Aérospatiale En Vedette
Toujours plus de fusées

Une activité industrielle inédite

février 14, 2022  By Pierre Deschamps


(Photo credit: Relativity Space)

En 1865, Jules Verne fut l’un des premiers à mettre en scène une fusée dans le roman d’anticipation De la Terre à la Lune. Ce qui inspira Hergé qui nous légua les albums de bandes dessinées Objectif Lune et On a marché sur la Lune. À la suite de la Deuxième Guerre, la course à l’espace vit Soviétiques et Américains se lancer défi après défi qui connut son apogée avec la promenade de Neil Armstrong sur la Lune, le 12 décembre 1972. Quelque cinquante ans plus tard, si certains voient dans les fusées ces lanceurs qui permettront de reprendre pied sur la Lune ou d’aller sur Mars un jour, force est de constater que la frénésie qui semble s’être emparée des constructeurs de fusée est tout autre.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus tant de dominer l’espace que d’occuper notre environnement spatial pour y placer sur orbite des satellites de proximité qui serviront à espionner telle ou telle contrée, à fournir des relevés météorologiques, à assurer des besoins en communications toujours plus grands. Et bien sûr d’en envoyer d’autres aux confins de l’espace pour explorer l’univers, comme le fera télescope James Webb lancé tout récemment.

D’ailleurs cette course n’est pas à la veille de s’arrêter, car, comme c’est souvent le cas, les États-Unis se sont donné les moyens de leurs ambitions, comme l’illustre avec éclat un appel d’offres lancé en mars dernier. En fait, un appel d’offres de la NASA qui a pour nom Venture-Class Acquisition of Dedicated and Rideshare (VADR).

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« L’objectif principal de cette exigence est de fournir des services de lancement agréés par la FAA [Federal Aviation Administration] capables de fournir des engins porteurs de charges utiles à une variété d’orbites, pour un minimum d’orbite circulaire de 200 km ».

À la suite de cet appel d’offres, la NASA a retenu les propositions de douze entreprises dont les contrats qui en découleront favoriseront « la croissance du marché américain des lancements commerciaux ». Ces contrats « à prix fixe, à livraison et quantité indéfinies, ont une période de commande de cinq ans et une valeur totale maximale de 300 millions de dollars pour l’ensemble des contrats ».

Comme l’a déclaré Bradley Smith, directeur des services de lancement au siège de la NASA à Washington : « Cela témoigne de notre expertise en matière de compréhension du marché des lancements, car nous avons conçu VADR afin de maximiser nos efforts pour favoriser la croissance de l’industrie américaine des lancements. Avec ce nouvel outil dans notre boîte à outils, ces contrats extrêmement flexibles répondront à une grande variété de besoins scientifiques et technologiques de la NASA, renforçant encore la réputation du programme de services de lancement de l’agence en tant que pont de la Terre vers l’espace. »

Fait à souligner d’un double trait : « Qu’elles soient grandes ou petites, ces entreprises spatiales ont toutes une chose en commun : leur utilisation de la fabrication additive pour produire des pièces, ou parfois, des fusées entières. »

Les douze entreprises retenues sont pour nom ABL Space Systems (Californie), Astra Space (Californie), Blue Origin Florida (Floride), L2 Solutions (Texas), Northrop Grumman Systems (Arizona) Phantom Space (Arizona), Relativity Space (Californie), Rocket Lab (Californie), Space Exploration Technologies (Californie), Spaceflight (Washington), United Launch Services (Colorado), Virgin Orbit (Californie).

Si chacune de ces douze entreprises ont leurs particularités propres, quelques-unes se distinguent tout particulièrement. Ainsi Phantom Space ambitionne de devenir la « Henry Ford » des fusées, avec pour objectif de lancer 100 missions par an, préférant « acheter les pièces imprimées en 3D, plutôt que de tout construire à partir de zéro ».

Relativity Space propose pour sa part « une fusée imprimée en 3D, entièrement réutilisable », pour laquelle elle a récemment réalisé une levée de fonds à hauteur de 650 millions de dollars américains.

Peter Beck, le président-fondateur de Rocket Lab, a récemment souligné le fait que son lanceur, la fusée Neutron, « la deuxième fusée américaine la plus fréquemment lancée chaque année depuis 2019 […] n’est pas une fusée conventionnelle. Il s’agit d’une nouvelle génération de lanceurs dont la fiabilité, la réutilisabilité et la réduction des coûts sont intégrées dans la conception avancée dès le premier jour […] plutôt que de commencer par une conception de fusée traditionnelle, nous nous sommes concentrés sur les besoins de nos clients et avons travaillé à partir de là. Le résultat est une fusée qui est de la bonne taille pour la demande du marché et qui peut être lancée rapidement, fréquemment et à moindre coût ».

Mais il n’y a pas que les États-Unis qui intensifient leurs efforts dans le domaine des lanceurs commerciaux. Français, Russes, Chinois sont aussi à la manœuvre.

Ainsi dix-neuf ans après le lancement d’Ariane 5, « les vingt ministres des États membres de l’Agence spatiale européenne (ESA) sont parvenus à un accord « historique », mardi 2 décembre [2014] à Luxembourg, pour construire Ariane 6. Cette nouvelle fusée, d’une hauteur de 70 mètres, devrait remplacer la fusée lourde Ariane 5 à compter de 2022. Face à une concurrence américaine « boostée » par l’irruption d’un nouveau venu à bas coût, elle se veut plus souple et plus économe ».

Pour leur part, les Russes ont décidé de mettre bientôt au rencart leur lanceur Proton, en raison principalement de son utilisation d’ergols, un combustible très toxique. La prochaine famille de lanceurs russes a pour nom Angara, qui tire son nom d’une rivière de Sibérie. Ces fusées utiliseront une technologie de propulsion plus propre, soit un mélange de kérosène et d’oxygène liquide.

Pour ce qui est des Chinois, il semble, pour l’instant, se limiter à faire évoluer leur lanceur Longue Marche, dont la version 5B sert à envoyer dans l’espace les différentes composantes de la station spatiale chinoise Tianhe, dont la construction devrait s’achever d’ici la fin de l’année.

Force est de constater que, dans le domaine des lanceurs spatiaux, la compétition internationale est vive. Au vu des statistiques de 2021, on peut même parier qu’elle sera de plus en plus intense. Suffit de projeter sur 2022 le classement Orbital Lauches of  2021. En 2021, la Chine a effectué 38 % des tirs de fusées (56 lancements), les États-Unis 31 % (45 lancements), la Russie 17 %, (25 lancements), l’Europe 4 % (6 lancements).
https://govtribe.com/
https://www.nasa.gov/
https://space.skyrocket.de/doc_chr/lau2021.htm
https://www.esa.int/
http://www.khrunichev.ru/
http://www.cnsa.gov.cn


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