Des pilules savantes

Pierre Deschamps
Février 05, 2018
Écrit par Pierre Deschamps
La combinaison de deux technologies comme la numérisation et la miniaturisation est en train de modifier durablement la façon dont la médecine utilise les médicaments pour soulager des patients et éliminer ou atténuer les effets d’une maladie. D’une part, la numérisation assure un traitement de plus en plus sophistiqué de l’information, alors que la miniaturisation transforme radicalement la science des médicaments.

Pour preuve, l’approbation l’automne dernier par la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis de la pilule Abilify MyCite, un antipsychotique atypique servant à soigner la schizophrénie, les troubles bipolaires et les dépressions. Cette pilule est le fruit de la collaboration entre laboratoire pharmaceutique japonais Otsuka, Tokyo, et le service de médecine numérique Proteus Digital Health, de Redwood City, en Californie).

Cette innovation contient un capteur ingérable composé de silicium, de cuivre et de magnésium gros comme un grain de sable. Il sert à émettre un signal électrique dès qu’il entre en contact avec de l’acide gastrique. Cela permet de détecter et d’enregistrer la date et l’heure de l’ingestion du comprimé, ainsi que certaines données physiologiques comme le niveau d’activité du patient. Les informations recueillies sont alors transmises par Bluetooth à l’application MyCite, sur un téléphone mobile compatible. Les médecins peuvent ainsi intervenir plus efficacement quand certains patients ne respectent pas la posologie associée au médicament en question.

Par ailleurs, l'Institut royal de Melbourne, en Australie, a mis au point une capsule munie de capteurs pour mesurer la concentration de différents gaz (dioxygène-O2, dihydrogène-H2, dioxyde de carbone-CO2) dans le système digestif. L’ingestion de cette capsule connectée permettrait d’obtenir des informations sur l’intestin, évitant ainsi une endoscopie combien plus invasive.

C’est en passant à travers la membrane de la capsule ingérée perméable aux gaz que sont mesurés les taux de dioxygène, de dihydrogène et de dioxyde de carbone. À l’intérieur de la capsule se trouve un cylindre en polyéthylène de 26 mm de long et 9,8 mm de large qui renferme un capteur de température, un microcontrôleur, un système de transmission et de batteries, et des capteurs de gaz à semi-conducteurs et de conductivité thermique. Les taux de gaz mesurés sont alors transmis à un récepteur externe qui, à son tour, enverra les données obtenues à un téléphone intelligent capable de les afficher en temps réel.

À terme, l’évolution de ce type de médicaments connectés débouchera sur la mise au point de traitements ou des régimes personnalisés, tout en permettant de mieux connaître le fonctionnement de l’intestin.

Pour combattre l’obésité qui, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) touche plus de 600 millions d’adultes dans le monde, la société israélienne Melcap Systems (Haïfa) a conçu un prototype de pilule connectée qui, une fois dans l’estomac, donne au patient le sentiment que son estomac est plein, même si ce n’est pas le cas. En outre, Melcap œuvre déjà au développement d’autres pilules connectées destinées celles-là au traitement des problèmes de constipation et de reflux gastriques.

Grâce à un aimant externe, le prototype de pilule coupe-faim biodégradable de Melcap, dont la durée de vie maximale est de vingt et un jours, est placée près du nerf vague (ou nerf pneumogastrique) qui joue un rôle clé dans le processus de satiété. Une fois en place, la pilule est activée par une connexion sans fil à partir d’un téléphone intelligent. Elle peut alors envoyer des impulsions électriques aux muscles de la paroi gastrique afin de stimuler l’organe, avec pour résultat de donner au patient l’impression d’être plein, de manière à ce qu’il arrête de manger.

Enfin, rappelons qu’en 2015 déjà le Lincoln Laboratory, du Massachusetts Institute of Technology (MIT), avait étonné la galerie avec une pilule connectée qui enregistre les pulsations cardiaques et la température et les vibrations du corps. Comme le soulignait alors les scientifiques ayant participé à sa mise au point, l’ingestion d’une telle pilule « cumule les avantages d’être simple à administrer, de ne pas stresser le patient avec une multitude de détecteurs répartis sur le corps, et d’enregistrer trois types d’information à l’aide d’un seul appareil ».

Ces exemples, chacun à leur manière, illustrent avec à-propos l’évolution en cours dans l’industrie pharmaceutique. Plus que tout, ils laissent entrevoir des perspectives hier encore totalement insoupçonnées. Et ce n’est qu’en début, continuons le combat e-pharmaceutique !

https://www.abilifymycite.com

https://www.rmit.edu.au

http://www.melcap-systems.com

https://www.ll.mit.edu/

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