Génie de Conception

En Vedette
Le vent tourne : L’essor des cargos à voile

juin 3, 2024
par Pierre Deschamps


(Crédit photo : VPLP design)

Plus de 100 000 cargos de tonnage différent sillonnent les mers avec dans leur cale ou sur leur pont des marchandises de toutes sortes. Selon l’OCDE, « le fret maritime représente plus de 70 % du trafic mondial de marchandises ». On comprend dès lors toute l’importance de ces navires qui sont au cœur de la mondialisation des échanges commerciaux.

Or en raison du combustible qu’ils brûlent dans leurs moteurs, diesel le plus souvent, d’une puissance pouvant atteindre parfois plus de 100 000 chevaux, ils sont d’importants émetteurs de gaz à effet de serre (GES), du CO2 principalement. Si bien qu’actuellement, le transport maritime serait responsable à lui seul de plus de 3 % des émissions de GES dans le monde. Or, on prévoit que d’ici 2050 la flotte mondiale devrait doubler, avec pour conséquence une hausse des émissions de GES à hauteur de 17 % du total mondial, selon l’Organisation maritime internationale.

Cet organisme qui compte 176 États-membres a s’est fixé comme cible de « réduire les émissions de CO2 par activité de transport, en moyenne pour l’ensemble des transports maritimes internationaux, d’au moins 40 % d’ici à 2030, par rapport à 2008 ».

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Les changements climatiques font en sorte que les armateurs et les constructeurs de navires se sont mis depuis peu à la recherche de solutions « vertes ». Dans une sorte de retour de la marine à voile, notamment de la part de quelques sociétés françaises qui se sont sérieusement engagés dans la propulsion éolienne pour cargos.

Une première contestée

La présence dans les océans du globe de cargos à propulsion vélique donne déjà lieu à une querelle pour déterminer quel est le premier cargo à voiles à parcourir les mers.

Ainsi, en novembre 2023, la France se targuait de mettre à l’eau le premier cargo à voile du 21e siècle propulsé par le vent, conçu par le cabinet d’architecture naval VPLP design, Long de 121 mètres et large de 22 mètres de large, ce cargo, dénommé Canopée et équipé de quatre mâts de 37 mètres de haut, servira à transporter des lanceurs de la fusée Ariane 6 entre l’Europe et l’Amérique du Sud. Le recours à des voiles lui permettrait d’économiser entre 30 % et 40 % du combustible qu’il aurait sinon consommé.

Or, comme le mentionne le site Actu-Environnement : Le navire Pyxis Ocean, appartenant à MitsubishiCorporation et affrété par Cargill, a inauguré, le 21 août dernier, la première ligne commerciale à propulsion éolienne au monde, lors d’un voyage inaugural entre Singapour et le Brésil. »

Ce cargo, un vraquier de 230 mètres de long, est doté de voiles à ailettes de 37,50 mètres de haut. Lors d’un trajet sans heurts, chaque voile permettrait « d’économiser 1,5 tonne de carburant par jour, soit 4,65 t de CO2, et même davantage sur les itinéraires transocéaniques ».

Des plus en plus nombreux

Les sociétés qui se lancent dans la construction de cargo munis de voiles sont de plus en plus nombreux. Ainsi en France, le géant du pneumatique Michelin s’est mis à la tâche en lançant Wisamo, une aile qui « se gonfle en même temps que le mât se déploie. Ce système de gonflage basse pression permet de maintenir le profil de l’aile symétrique, sans déformation par le vent ou par des chocs ».

Actuellement, un prototype Wisamo, une voile de 100 m² est installée sur un roulier de « qui navigue en pleine mer dans le Golfe de Gascogne » afin d’être testé en conditions maritimes réelles. Selon Michelin, cette voile pourrait permettre « une réduction estimée de consommation du fuel jusqu’à 20 % selon le bateau (neuf ou retrofit), le routage et les vents ».

En février dernier, le voilier-cargo Anemos, « a été mis à l’eau dans le port de Concarneau [Bretagne], après des travaux de peinture et d’aménagement intérieur. Prochaine étape : la pose du gréement ». Commandé aux chantiers maritimes français Piriou par le concepteur de voiliers-cargos Towt, il mesure 81 mètres de long, est capable de transporter 1 200 tonnes de marchandise et permet réduit de plus de 90 % des émissions de CO2.

Fondée en 2016 par des ingénieurs aéronautiques, la société Airseas « conçoit, produit et installe une technologie de propulsion par le vent permettant de contribuer à la décarbonation du secteur maritime ». Elle développe actuellement un «système de propulsion maritime à énergie renouvelable le plus compétitif et souhaite le déployer sur 10 % de la flotte mondiale d’ici 2030 ».

Ce système consiste en un voile de 1 000 mètres carrés qui exploite la puissance du vent pour tracter les navires. « Sur la base de modélisation et des essais préliminaires à terre, Airseas estime que le système Seawing permettra à terme une réduction moyenne de 20 % de la consommation de carburant et des émissions de gaz à effet de serre ».

Divers essais ont été mené ces dernières années par Airseas, le plus récent a consisté à équiper un vraquier construit en 2021 sous pavillon japonais et transitant entre le Japon et l’Australie pour le compte de Kawasaki Kisen Kaisha (K Line), le cinquième armateur mondial. Il appert que l’armateur aurait posé « une option sur 46 systèmes additionnels ».

Mais il n’y a pas que les Français qui en Europe s’intéressent à la propulsion éolienne pour les cargos. Au Royaume-Uni, la société Windship Technology, installée à Southampton, « a développé une technologie d’aérodynamique verticale pour exploiter le vent pour l’industrie du transport maritime commercial au profit du marché des vracs et des pétroliers ». Il s’agit d’un système d’alimentation auxiliaire, constitué d’un ensemble de trois ailes verticales de 35 mètres de haut, qui permettrait d’atteindre des économies de carburant à hauteur de 30 %.

 

www.oecd.org/fr/
www.imo.org/fr
wisamo.michelin.com
www.towt.eu
airseas.com
windshiptechnology.com
www.actu-environnement.com


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