Génie de Conception

Automobile En Vedette
La nouvelle coqueluche énergétique

L’hydrogène prend bel et bien la route.


8 août 2020
Par Pierre Deschamps

Il y a à peine cinq ans qui aurait parié même un grain de riz sur l’avènement du premier élément du tableau périodique comme carburant en transport. L’impressionnante progression de l’hydrogène comme combustible témoigne d’ambitions de toutes sortes, tant de la part d’industriels que de pouvoirs publics.

Pour preuve de l’engouement assez récent des industriels pour l’hydrogène, citons Philippe Boucly, président de l’Association Française pour l’Hydrogène et les Piles à Combustible (AFHYPAC) qui soutenait récemment dans le journal Le Monde que, en France par exemple : « Si on rate le train maintenant, d’autres prendront la place et rafleront la mise. Surtout que nous avons des champions industriels en France, et que nous avons largement commencé à bâtir la filière ». Soulignons que l’Afhypac regroupe une trentaine de membres de premier plan, dont Air liquide, Engie et Total.

En fait, ces propos constituait une sorte d’écho à une demande de cette association pour que l’État français investisse quelque « 10,3 milliards d’euros entre 2020 et 2030 dans le développement de cette technologie ». En fait, en matière de mobilité hydrogène, l’Afhypac appelle de ses vœux l’introduction en France, « de 300 000 véhicules utilitaires légers, de 5 000 poids lourds, de 250 trains et de 1 000 bateaux » d’ici 2030.

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L’engouement est tel que même la course automobile rejoint les rangs des convertis à l’hydrogène. Pour preuve, mentionnons que l’écurie française H24 Racing compte inscrire à l’automne un bolide mû à l’hydrogène à la célébrissime course d’endurance des 24-Heures du Mans. Les organisateurs de cet événement annonce quant à eux la création dans quatre ans d’une catégorie réservée aux véhicules propulsés à l’hydrogène.

Dans son édition du 8 juillet dernier, le quotidien français Le Figaro rapportait par ailleurs que le parlement européen « est conscient des enjeux » liés à la présence de l’hydrogène dans le bouquet énergétique du continent. Tant et si bien que « la Commission européenne en a fait un investissement prioritaire de la relance économique, dans le cadre de son plan pour contribuer au “pacte vert”. L’objectif est de faire passer sa part dans l’énergie européenne de moins de 2 % aujourd’hui à 14 % en 2050.

En outre, la stratégie de l’Union européenne pour l’hydrogène précise que « dans un système énergétique intégré, l’hydrogène peut soutenir la décarbonation dans les secteurs de l’industrie, des transports, de la production d’électricité et de la construction dans toute l’Europe ». Cette stratégie « examine comment concrétiser ce potentiel, au moyen de l’investissement, de la réglementation, de la création de marchés ainsi que de la recherche et de l’innovation ».

En Allemagne, le gouvernement fédéral a récemment décidé de consacrer pour sa part près de 9 milliards d’euros à l’utilisation de l’hydrogène. Peu de temps après cette annonce, MAHLE, un fournisseur en série de véhicules à pile à combustible établi en Allemagne, a fait connaître son intention d’élargir « son portefeuille d’applications pour l’hydrogène. Le groupe technologique dispose déjà d’un large portefeuille de systèmes de piles à combustible et fait également progresser le développement en cours du moteur à combustion pour soutenir l’utilisation de l’hydrogène comme carburant ». À cette fin, l’industriel allemand « a rejoint le Hydrogen Council, une initiative mondiale d’entreprises de premier plan dans les secteurs de l’énergie, des transports et de l’industrie, qui prône l’hydrogène comme élément essentiel de la transition énergétique mondiale ».

Au tout début du mois d’août, Hochbahn, la société en charge des transports publics de la ville allemande de Hambourg, a lancé un appel d’offres pour 50 bus à piles à combustible à hydrogène devant être livrés entre 2021 et 2025. Ces véhicules devront avoir une autonomie minimale de 300 km pour les bus standards et de 230 km pour les versions articulées.

Cela dit, ce flot de belles intentions et de projets pilotes sera-t-il suffisant pour concurrence la progressive domination des États-Unis et de la Chine dans le secteur des véhicules carburant à l’hydrogène ?

Selon le site H2Mobile, plus de 7 600 automobiles fonctionnant à l’hydrogène circuleraient déjà sur les routes américaines. À quoi à s’ajouteraient quelque 25 000 engins de manutentions, comme les chariots élévateurs qui s’activent dans différents centres logistiques et entrepôts de nos voisins du sud.

Après avoir établi une position dominante dans le domaine des batteries au lithium-ion destinées aux véhicules électrique, la Chine s’apprête pour sa part à établir aussi sa suprématie en matière de véhicule propulsé à l’hydrogène. Avant la pandémie de COVID-19, l’objectif de Pékin était d’avoir quelque 5 000 de ces véhicules dès cette année sur les routes de l’empire du Milieu, plus de 50 000 en 2025 et plus d’un million en 2030. Pour l’instant, rien ne permet de croire que la pandémie a mis un frein aux ambitions des autorités chinoises.

Quoi qu’il en soit, l’avenir s’annonce donc radieux pour cet élément chimique connu pour avoir la plus faible masse atomique, en passe de devenir sur les routes – qui sait ? – un véritable poids lourd. Rendez-vous donc dans trente ans pour constater ce que cette nouvelle essence du jour aura connu comme destinée.
www.afhypac.org
https://ec.europa.eu/energy/sites/ener/files/hydrogen_strategy.pdf
https://hydrogencouncil.com
www.hochbahn.de
www.h2-mobile.fr
www.mahle.com


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