Tout laisse croire que la guerre 4.0 est pour demain

Pierre Deschamps
Novembre 02, 2017
Écrit par Pierre Deschamps
La nouvelle n’a pas fait grand bruit ; pourtant elle est révélatrice des changements en cours dans la doctrine militaire. Comme le rapporte Vincent Lamigeon, de l’hebdomadaire Challenges : « En juin 2016, le colonel Gene Lee, ex-instructeur de l’US Air Force, affronte sur un simulateur de combat aérien le système Alpha, intelligence artificielle développée par la start-up Psibernetix. Le verdict est sans appel : le pilote est chaque fois mis au tapis, sans descendre un seul avion » ! 

 

Cet affrontement homme-machine à lui seul montre à quel point les systèmes militaires robotisés prennent un pas d’avance sur les humains. Ce qui ne surprendra personne à l’aire des drones de combat. Demain, la guerre ne consistera pas à opposer des hommes à des robots, mais bien des robots à d’autres robots. Vraiment, que des robots ? Voilà la vraie question. 

Un récent rapport prospectif du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN – France) intitulé Étude prospective à l’horizon 2030 : impacts des transformations et ruptures technologiques sur notre environnement stratégique et de sécurité, consacre un chapitre aux robots et aux systèmes autonomes qui y sont définis comme « des objets physiques ou “ intangibles ” dotés de fonctions complexes comme l’orientation, la navigation, le déclenchement ou l’arrêt d’effecteurs. Un robot peut disposer d’une autonomie complète, partielle, ou nulle ». Autonomie complète, partielle ou nulle : de quoi s’agit-il exactement ?

 

En fonction de leur degré d’autonomie, trois types de systèmes sont présentés : le système télé-opéré piloté à distance par un équipage ; le système télé-supervisé, qui est un système dont certaines tâches (navigation, observation, pointage des capacités de tir) sont automatisées ; le système autonome qui exécute l’ensemble de ses tâches sans intervention humaine, y compris les plus sensibles, telles qu’elles lui ont été assignées avant le début de sa mission. 

 

Comme le souligne le rapport, « un type particulier de système autonome focalise aujourd’hui l’attention ; il s’agit du système d’arme létal autonome (SALA) qui est un système robot disposant d’une part d’autonomie plus ou moins développée et qui mène par lui-même, de par sa conception, des missions de destruction. De tels systèmes existent déjà (torpilles, missiles « rodeurs», systèmes de défense) ». 

 

Qui plus est, souligne le rapport, « les études capacitaires concluent à l’autonomisation possible de tous les systèmes militaires pour presque toutes les missions : systèmes de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, systèmes offensifs et systèmes de commandement. Tous les milieux d’engagement sont concernés. Le potentiel d’accroissement du nombre de ces systèmes s’avère très important ».

L’avènement de telles armes ne devrait survenir que dans « 20 à 30 années », la robotisation associée aux capacités d’intelligence artificielle s’imposant alors durablement sur les champs de batailles. Mais il y a un risque à ne pas négliger qui « serait d’autant plus grand que les SALA, dotés d’une intelligence artificielle, utiliseraient leur capacité d’autoapprentissage pour s’éloigner des règles initiales d’ouverture du feu. Cette autonomisation serait aussi très dangereuse compte tenu du risque de déprogrammation et de reprogrammation des robots par des opérations cybernétiques adverses ».

L’évolution de cette orientation militaire n’est pas sans poser tout un lot de questions, dont la plus aigüe a trait au « désengagement de l’être humain du champ de bataille [qui], transformerait assurément la physionomie de la guerre qui n’aurait plus comme limites que les capacités de robots, démultipliées par rapport à celles des êtres humains ».

Si tout cela peut sembler être de la pure science-fiction, il suffit de prendre connaissance des données économiques relatives à l’industrie de la robotique militaire pour comprendre que le réel dépasse une fois encore la fiction. En effet, selon une étude de marché réalisée par Wintergreen Research, citée par la SGDSN, si le marché de la robotique militaire était évalué à 3,2 Mds (milliards) de dollars américains par an en 2014, « il devrait atteindre 10,2 Mds par an en 2021 ».

Cette progression économique serait aujourd’hui sans doute plus importante compte tenu du fait que tous les « pays producteurs d’armement (États-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne, Israël…) proposent aujourd’hui des systèmes d’armes, y compris létaux, intégrant des robots ou des systèmes autonomes ». Ce qui amène la SGDSN à conclure que « les robots et systèmes autonomes seront bien au cœur de la transformation des armées et de la conduite des opérations dans les décennies à venir ».

Quiconque s’intéresse à ces sujets trouvera par ailleurs fort utile de parcourir la section du rapport de la SGDSN consacrée à La révolution de l’impression 3D, ne serait-ce que parce que cette révolution « ouvre des perspectives aux armées en termes de logistique, notamment pour la réparation rapide des matériels. Elle fait parallèlement apparaître de nouvelles menaces, compte tenu des facilités offertes pour des activités de prolifération et la fabrication d’armes par des acteurs non étatiques ».

Si la lecture d’un tel rapport permet d’aborder bien des domainess (armes hypersoniques avancées, missiles et vecteurs hypervéloces, champ de bataille 3.0), elle débouche sur quantité de sujets à méditer, dont celui qui conduit à poser une question toute simple : La guerre des robots signera-t-elle la fin de l’humanité telle que nous la connaissons ?

http://www.sgdsn.gouv.fr/rapport_thematique/chocs-futurs/

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