Congestion spatiale en vue

Pierre Deschamps
Février 07, 2020
Écrit par Pierre Deschamps
Dès 1984, la Rand corporation s’inquiétait de la congestion dans l’espace alors qu’il n’y avait qu’environ 160 satellites géostationnaires à quelque 37 000 km d’altitude. Cette institution américaine de conseil et de recherche affirmait alors que « le risque de collisions physiques entre satellites est faible », mais il y a un problème émergent avec ce que l’on appelle la « : « congestion spectrale et orbitale », qui résulte d'un trop grand nombre de satellites et de stations au sol envoyant trop signaux électromagnétiques qui peuvent interférer les uns avec les autres. Un rapport de la Rand publié cette année-là précisait d’ailleurs que, « à mesure que davantage de satellites lancés et que d'autres [seront] déplacés pour éviter les collisions, les problèmes d'interférence deviendront plus compliqués.

 

Que diraient aujourd’hui Alvin L. Hiebert et William Sollfrey, les auteurs de ce rapport, alors que l’ESA (l’agence européenne de l’espace), estimait en janvier 2019 que, depuis le début de l'ère spatiale en 1957, il y avait eu près 5 450 de lancements de fusées réussis, lesquelles auraient placées dans l’espace quelque 8 950 satellites, alors qu’environ 5 000 tourneraient encore autour de la Terre, dont approximativement 1950 seraient toujours en fonction.

Selon l’agence, la masse totale de tous les objets spatiaux en orbite terrestre avoisinerait les 8 400 tonnes. Il n’est donc pas étonnant que l’ESA établisse à environ 22 300 le nombre de débris régulièrement suivis par les réseaux de surveillance spatiale et à plus de 500 le nombre de ruptures, d'explosions, de collisions ou d'événements anormaux entraînant une fragmentation. Qui plus est, il y aurait là-haut 34 000 débris de moins de 10 cm, 900 000 objets mesurant de 1 cm à 10 cm et 128 millions d'objets dont la taille varierait entre 1 mm à 1 cm. 

Ces débris, dont le nombre va grandissant, pourraient bien un jour bien perturber les communications entre la Terre et certains satellites. Imaginez le désarroi des Terriens que nous sommes si ces débris venaient qu’à empêcher les signaux des satellites assurant les communications de l’Internet de parvenir jusqu’à nous. 

De plus, le futur technologique que nous envisageons pourrait même être un rêve brisé si, comme l’ont souligné plus d’un expert, nous détruisons l’environnement orbital à faible distance de la Terre ou si nous le rendons significativement pire qu’il ne l’est actuellement.

Dès lors, il n’est pas étonnant que l’on parle de congestion spatiale, d’autant plus qu’une firme comme SpaceX compte envoyer dans l’espace 12 000 satellites au cours des prochaines année. Selon Neel V. Patel de la MIT Technology Review, il appert qu’à elles seules une bonne douzaine d’entreprises envisageraient de mettre en orbite plus de 20 000 satellites au cours des dix prochaines années !

Pour illustrer cette situation, rappelons ce que rapportait, en septembre dernier, Amy Thompson, de l’Observer. À l’époque, l’ESA avait pris des mesures pour empêcher une collision entre satellites. En fait, « l’agence a tweeté qu'elle avait déplacé l'un de ses satellites, un vaisseau d'observation de la Terre nommé Aeolus, afin d'éviter une collision potentielle avec un satellite SpaceX Starlink ». C’était alors la première fois que l’agence effectuait « une manœuvre d'évitement de collision pour protéger l'un de ses satellites contre une collision avec une méga constellation ».

Ce qui a fait dire alors à Holger Krag, responsable de la sécurité spatiale à l'ESA que « cet exemple montre qu'en l'absence de règles de circulation et de protocoles de communication, la prévention des collisions dépend entièrement du pragmatisme des opérateurs impliqués ».

Plus près de nous, soit en janvier 2020, les médias ont rapporté que deux satellites ont failli entrer en collision en orbite, soulignant le danger potentiel posé par les débris dans l'espace. Si une collision s'était produite entre le vaisseau spatial Poppy VII-B et un télescope spatial abandonné de type IRAS (ils étaient distants que de 47 mètres, en orbite à 900 km au-dessus de la Pennsylvanie), elle aurait laissé un champ de débris en orbite terrestre basse.

Comme le rappelait récemment Neel V. Patel, « la plupart des opérateurs de satellites, y compris certains à l’étranger, s’appuient simplement sur les prévisions de l’US Air Force concernant les ‘‘conjonctions” potentielles entre les objets actifs en orbite. L'US Air Force - qui visait initialement à suivre les missiles dans l'espace, pas à devenir le flic du trafic spatial mondial - suit les objets à l'aide de radars ». Jusqu’à tout récemment, l’US Air Force émettait des alertes lorsque la probabilité d'une collision est supérieure à 1 sur 10 000. Depuis peu, selon le journaliste de la MIT Technology Review, cette probabilité est passée à environ 1 sur 1000.

Aussi ne devrait-on donc pas s’étonner que cette « congestion » fasse naître dans l’esprit des dirigeants politiques comme dans ceux d’entrepreneurs audacieux, des initiatives visant à rendre l’espace plus sûr. À ce propos, l’annonce faite le 19 décembre 2019 par le gouvernement du Luxembourg et la firme montréalaise NorthStar Earth & Space de la signature d’une lettre d'intention qui prévoit la création d’un « centre d'excellence pour les espaces propres au Luxembourg et une contribution à NorthStar et à ses activités d'innovation afin de promouvoir l'utilisation sûre et durable de l’espace au profit de toute l'humanité ». Selon les termes de l’entente, il est prévu que la firme montréalaise mette un système de surveillance sophistiqué en orbite d'ici 2021.
https://www.esa.int
https://northstar-data.com
https://www.technologyreview.com
https://www.rand.org

 

 

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